La Télé En Clair : Bonjour Monsieur Saniez ; votre Association semble actuellement très active pour pointer du doigt certaines incohérences du plan d'arrêt de la télévision hertzienne analogique et du passage à la télévision tout numérique, la TNT entre autres solutions. Pouvez-vous nous préciser cela ?

Thierry Saniez : Avant cela il faut refaire un peu l'historique de cette affaire. La TNT a été lancée en mars 2005 et son succès est aujourd'hui assuré, près de 50% des foyers en disposent déjà. Il y a eu beaucoup de communication sur son lancement et on ne peut que s'en féliciter puisque grâce à cette nouvelle technologie, au lieu d'avoir 6 chaînes hertziennes analogiques on peut désormais en recevoir 18 gratuites et en qualité numérique. Le problème n'est pas là, mais davantage dans la méthode et les moyens mis en place pour aider les consommateurs à passer à la tv numérique qui désormais va nous être imposée puisque la télévision hertzienne classique diffusée en analogique va cesser d'émettre à partir de la fin de cette année dans le Nord Cotentin, puis en Alsace début 2010, puis région par région jusqu'à la fin 2011 pour atteindre toute la France. Dans la mesure où cette migration nous est imposée nous estimons à la CLCV que les consommateurs qui n'ont rien demandé, ni même jamais été consultés, ne devraient pas avoir à supporter le coût de la migration dont les principaux bénéficiaires sont à terme les chaînes de télévision.
Pourtant des aides sont prévues pour les plus démunis, des aides financières ainsi que de l'assistance technique ?
Je vous ferais remarquer que dans la plupart des autres pays qui ont déjà eu à gérer cette migration, je pense à l'Italie mais aussi aux Etats-Unis, c'est l'ensemble des foyers qui a été ciblé pour les aides et non pas une catégorie particulière, fusse-t-elle défavorisée. En France les deux opérations « pilotes » menées à Coulommiers et à Kaysersberg ont déjà montré que dans certaines situations la migration ne se réduit pas au simple achat d'un adaptateur TNT. On s'aperçoit que dans de nombreux cas et particulièrement dans les immeubles collectifs il faut faire venir un installateur pour adapter l'antenne râteau, voire la changer, et que dans d'autres cas il faut même investir dans une parabole satellite faute de pouvoir recevoir la TNT dont la couverture est encore loin d'atteindre celle de la télévision analogique, même à horizon 2011. Certaines migrations peuvent ainsi coûter plusieurs centaines d'euros par foyer. Tout cela s'effectuant sans contrôle des Pouvoirs Publics dans la mesure où les consommateurs sont le plus généralement livrés aux seuls bons conseils des vendeurs et installateurs d'équipements. C'est aussi la raison pour laquelle nous sommes défavorables au système de « chartes » actuellement proposé notamment aux installateurs, mais plutôt favorable à laisser jouer la concurrence avec toutefois la mise en place d'un véritable système de contrôle et de sanction indépendant afin d'éviter les abus qui pourraient apparaître.
Y'a-t-il d'autres mesures que vous souhaiteriez voir mises en place ?
Nous souhaitons une large campagne d'information auprès du public, non pas sur le thème de la TNT, ce qui est déjà fait, mais sur celui de l'arrêt de la télévision analogique. Trop de foyers ne savent toujours pas que cet arrêt est programmé pour très bientôt et ignorent ainsi les conséquences financières que le passage au numérique pourrait occasionner compte tenu du degré encore trop faible de compatibilité technique entre une réception hertzienne terrestre analogique et une réception TNT. En termes d'information au public, nous souhaitons également une implication du ministère chargé du logement afin qu'il apporte le soutien nécessaire aux syndics et bailleurs sociaux pour lesquels la migration est souvent plus complexe à gérer et nécessite de l'anticipation par rapport au calendrier prévu par le schéma national d'arrêt de la télévision analogique. Faute d'informations ces acteurs démunis ont en effet tendance à attendre le dernier moment pour adapter les antennes ce qui peut créer des goulots d'étranglement lorsque dans le même temps ils font tous appel aux mêmes installateurs locaux.
Avez-vous un plan d'action pour faire valoir vos arguments ?
Oui nous sensibilisons régulièrement les Pouvoirs Publics sur ces questions. Les Services du Premier ministre devraient préciser le plan d'aide à la migration le 15 septembre prochain. Nous réfléchissons par ailleurs à la mise en place d'un dispositif pour recueillir les problèmes que rencontreront les consommateurs lors du passage au numérique.
Merci Monsieur Saniez pour votre intervention ! Pour suivre l'évolution de ce dossier nous invitons nos amis lecteurs à rester en contact avec le site de la
CLCV.