C'est une histoire de plus de cent ans, elle est racontée sur trois périodes :
- de la fin du XIX ème siècle jusqu'à la dernière guerre mondiale, le temps des pionniers,
- de la dernière guerre mondiale jusqu'à la télévision couleur, le temps de la diffusion grand public,
- de la télévision couleur jusqu'à nous, le temps des chaînes commerciales.
Le temps des pionniers
Les premiers pas de la télévision ont d'abord été ceux des pionniers qui ont inventé et mis au point des techniques et des instruments permettant de reconstituer en images la représentation de scènes fixes et animées.
Une scène en mouvement est d'abord découpée par la caméra en une succession d'images ou plans fixes. Chaque plan est analysé ligne par ligne, c'est le balayage de l'image. Ensuite les prises de vues successives des plans fixes sont restituées à une vitesse suffisamment élevée pour que l'effet de mouvement de la scène soit reconstitué sans trop d'effet de saccadement. Avec un flux de 25 images à la seconde, l'oeil perçoit la succession d'images comme quasiment continue. Ce type de problème est le même que celui rencontré pour la projection cinéma, si ce n'est qu'en télévision la restitution se fait directement sur un récepteur, sans passer par l'intermédiaire de la pellicule.


En 1884, l'allemand Paul NIPKOW met au point une première machine mécanique constituée d'un disque tournant à trous. Chaque tour de disque correspond au balayage d'une image et chaque trou correspond à l'analyse d'une ligne de l'image. Les trous successifs suivent une ligne en spirale qui se rapproche du centre du disque, en passant d'un trou à l'autre, on saute de ligne.
Jusqu'à la fin des années 30, cette technique sera utilisée et améliorée par l'usage de lentilles, miroirs, et cellules photoélectriques, notamment par des précurseurs comme l'écossais John Logie BAIRD souvent considéré comme l'inventeur de la télévision.
En 1923 BAIRD met au point le Télévisor, un système restituant une première image avec 400 points de résolution sur 8 lignes de balayage. Le Télévisor est amélioré en 1926 en atteignant une résolution de 1000 points sur 28 lignes de balayage et 12.5 projections à la seconde.
En 1927 BAIRD réalise les premières transmissions d'images par la ligne téléphonique entre Londres et Glasgow, il réalise une première liaison transatlantique jusqu'à New York en utilisant une radio amateur. Il crée en 1933 à Crystal Palace à Londres la BAIRD Télévision company, berceau de la télévision anglaise et de la BBC ; il travaille déjà sur la couleur.
Parallèlement des recherches sont menées pour développer ce qu'on appellera la télévision à tube cathodique. Karl Ferdinand BRAUN invente le tube cathodique en 1897, il obtient le Prix Nobel en 1909 en même temps que Giugliemo MARCONI pour son télégraphe sans fil.
Le tube cathodique commandé par signaux électriques facilitera le développement des techniques de balayage et de restitution du mouvement, il ne sera plus abandonné jusqu'à nos jours au détriment des systèmes mécaniques dans lesquels avait beaucoup investi BAIRD.
En 1923 le russe Vladimir ZWORYKIN invente et expérimente aux Etats-Unis l'iconoscope à tube, en grand précurseur de la télévision électronique à tube.
En 1926 le japonais Kenjiro TAKAYANAGI restitue l'image du chiffre « 1 » sur un tube de BRAUN.
En 1927 les travaux du hongrois Denes von MIHALY et du français Ferdinand HOLWECK permettent de visualiser pour la première fois un visage humain sur un tube cathodique avec un balayage sur 36 lignes.
Le français René BARTHELEMY améliore le système de synchronisation des images, il réalise une première transmission entre Malakoff et Montrouge avec un émetteur de 50 watts. Comme pour les tubes d'oscilloscopes, les tubes cathodiques des premiers récepteurs de télévision sont ronds.
Le début des années 30 marque la naissance des premières transmissions régulières d'images, la BBC en Angleterre, CBS-COLUMBIA aux Etats-Unis, la Compagnie Générale de Télévision en France fondée par Henri de FRANCE. Pour permettre des transmissions d'images à longues distances, la plupart des stations émettrices utilisent les ondes courtes comme en radio.
A partir de 1935, Paris PTT émet plusieurs fois par semaine, les émetteurs installés à la Tour Eiffel atteignent 2 puis 10 kwatts de puissance, permettant ainsi de diffuser sur un rayon voisin de 50 kms. Au même moment RCA-NBC diffusent depuis l'Empire state building sur toute la région new-yorkaise.
En 1936 les Jeux Olympiques de Berlin sont retransmis en direct et seront vus par plus de 150.000 téléspectateurs dans le monde.
Pendant toute cette période la résolution des images s'est améliorée. De 1926 à 1936, la résolution passe de 30 à 120 puis 440 lignes par image, et la télévision crée un engouement mondial auprès du grand public. De nouvelles stations régionales se créent, mais la guerre arrive et va mettre pendant plusieurs années un point d'arrêt au développement de la télévision.
Le temps de la diffusion grand public
Après la guerre, l'Etat reprend en main l'organisation et le développement de la télévision en France. Dès 1945 il instaure un régime de monopole sur la radio et la télévision, il crée un établissement public, la RDF (Radio Diffusion de France), qui devient RTF (Radio Télévision de France) en 1949, puis ORTF en 1964. Ces organismes dépendent directement du ministre de l'information, ils sont chargés de développer et de réaliser les programmes et de les diffuser au public.
Pendant toute cette période d'après guerre on assiste au déploiement de nombreuses stations émettrices dans toutes les régions de France, le standard noir et blanc, initialement en 441 lignes, passe à la fin des années 50 à 819 lignes sur la 1ère chaîne française diffusée dans la bande de fréquences VHF.
Les petits hublots ronds des téléviseurs d'avant guerre deviennent de petites lucarnes aux formes rectangulaires.
La 2ème chaîne française voit le jour en 1964, également en noir et blanc mais avec un nouveau standard à 625 lignes, 25 images/s, et dans la bande de fréquences UHF.
Face aux rapides progrès réalisé par les Etats-Unis (RCA) et l'Allemagne (Telefunken) dans le domaine de la couleur, l'Etat français encourage les recherches dans ce domaine et promeut son nouveau standard couleur en 625 lignes, le secam, invention attribuée à Henri de France.
Le secam a des concurrents, le Pal (625 lignes, 25 images/s) qui s'impose progressivement en Europe, et le NTSC américain et japonais (525 lignes, 30 images/s).
Le secam est commercialement inauguré en France en 1968 à l'occasion des Jeux Olympiques d'hiver à Grenoble sur la 2ème chaîne française. Un premier parc de 1500 récepteurs couleurs installé en France permet de montrer les premières images couleurs à des centaines de milliers de français.
En 1972 apparaîtra la 3ème chaîne, elle aussi en couleur secam et diffusée dans la bande UHF. Elle aura dès le départ vocation à être la chaîne des régions en récupérant bon nombre de stations émettrices régionales existantes.
En 1976 la 1ère chaîne passe également en couleur secam et en diffusion dans la bande UHF. Sa diffusion préalable en 819 lignes noir et blanc et dans la bande VHF sera toutefois maintenue jusqu 'en 1983 pour permettre la continuité de sa réception sur le territoire, le temps d'assurer le déploiement progressif de son nouveau réseau UHF couleur.
Le temps des chaînes commerciales
L'éclatement de l'ORTF en 1974 en 6 organismes publics (SFP, TDF, INA, TF1, Antenne 2, FR3) marque le début d'une nouvelle période durant laquelle verront le jour de nouvelles chaînes commerciales et la concurrence. Cette concurrence aura un impact sur les programmes et accélèrera l'introduction et l'usage de nouvelles technologies permettant de mieux servir les intérêts commerciaux des nouvelles chaînes privées.
La loi Fillioud de 1982 entérine le principe de la liberté de communication et le monopole de la programmation est supprimé. TDF conserve toutefois le monopole de la diffusion des chaînes. La loi crée également la Haute Autorité de la communication audiovisuelle chargée de veiller aux grands principes de pluralisme des communications et à l'harmonisation du développement des programmes et de leur diffusion.
En 1982 démarre le Plan Câble. La maîtrise d'oeuvre et l'exploitation techniques des réseaux câblés sont confiées aux PTT.
En 1984 naît la première chaîne commerciale privée Canal +, chaîne cryptée à péage qui cible une programmation orientée cinéma, sports, avec toutefois des émissions en clair. La chaîne est diffusée en secam discret 11 (standard de cryptage) sur les anciennes fréquences VHF de la 1ère chaîne.
En 1985 naît la Cinq, entièrement financée par la publicité, un 5ème réseau UHF se déploie en France.
En 1986 naît TV6, financée par la publicité, un 6ème réseau UHF est déployé.
La loi Léotard de 1986 remplace la Haute Autorité par la CNCL aux pouvoirs accrus dans le domaine des autorisations à émettre.
TDF passe du statut d'Etablissement public à celui de société anonyme, elle reste toutefois détenue majoritairement par l'Etat et ne conserve le monopole de la diffusion que pour les chaînes publiques.
En 1987 TF1 est privatisée, la CNCL attribue la concession au groupe Bouygues. Le nom de la chaîne est conservé. La même année TV6 devient M6.
En 1989 la CNCL est remplacée par le CSA (Conseil Supérieur de l'Audiovisuel).
De nouvelles chaînes se créent, mais les capacités hertziennes terrestres ont atteint leurs limites. L'introduction du satellite et le second souffle donné au câble par l'implication des communes qui deviennent seules habilitées à autoriser l'exploitation de réseaux câblés, vont permettre de combler le manque de ressources hertziennes terrestres. Non sans mal, il faut bien le signaler.
En effet, fin des années 80 et au début des années 90, les projets publics de satellites de télédiffusion TDF1 et TDF2 subissent plusieurs avaries techniques, ils finissent par être abandonnés en 1991. La France prend du retard face notamment au Royaume Uni et à l'Allemagne où un large public de raccordés au satellite (Astra) et au câble (surtout en Allemagne) se développe. En 1992 les opérateurs nationaux soumis à la concurrence internationale sont contraints de revoir rapidement leur stratégie de diffusion satellitaire.
Dans le même temps l'extinction du réseau hertzien terrestre de la Cinq en 1992, va permettre toutefois à l'Etat d'y installer un an plus tard la diffusion en soirée de la chaîne culturelle franco-allemande ARTE. Elle sera rejointe en 1995 pour la diffusion de jour par la nouvelle chaîne publique La Cinquième qui deviendra plus tard France 5.
Et puis arrivent les satellites et de nouveaux bouquets de chaînes.
En 1992, Canal+ et le bouquet de chaînes Canalsatellite vont d'abord être diffusés en analogique par le satellite Télécom 2A, ce sera la première offre satellite donnant accès en France à un bouquet de chaînes thématiques payantes. Deux ans plus tard Canal+ et Canalsatellite se déploient en numérique sur les satellites Astra avec une offre enrichie.
Ces nouvelles sortes de chaînes ainsi que d'autres que développent les groupes TF1, M6, AB, Lagardère, etc., vont se multiplier.
TF1, M6, France2, France3, et France Telecom, s'associent rapidement pour emboîter le pas de Canal+ en lançant dès 1996 le bouquet numérique TPS diffusé par les satellites Hotbird d'Eutelsat.
A l'aube du XXI ème siècle ce sont plus de 200 chaînes françaises qui sont désormais diffusées par les satellites européens et que l'on peut recevoir directement avec l'antenne parabolique où lorsqu'elles sont reprises, sur les réseaux câblés.
Cette explosion de diffusion de programmes et de chaînes encouragée par la concurrence acharnée que se livrent les grands opérateurs audiovisuels a été largement facilitée par l'arrivée des satellites et des technologies numériques.
Le marché de la télévision par satellite se développe rapidement en privilégiant les offres payantes. Fin 2004 on recense en France environ 5 millions d'abonnés (satellite ou câble) bénéficiant de ces offres.
Si le numérique a permis le développement de la télévision par satellite, les Pouvoirs Publics sont désormais convaincus qu'il devrait contribuer à relancer la diffusion hertzienne terrestre jusque là limitée par le manque de capacités hertziennes. Les premiers succès enregistrés en Angleterre et en Italie les encouragent dans cette voie.
En 2000, puis 2002, le législateur organise les conditions d'ouverture de la télévision numérique hertzienne terrestre, la TNT, qui doit permettre d'une part de remplacer à terme la diffusion terrestre secam et d'autre part d'étendre les capacités de diffusion à plus de 30 chaînes au lieu de 7.
Le CSA lance un appel à candidatures en 2002, il retient 16 chaînes gratuites dont 7 nouvelles, ainsi que 15 chaînes payantes pour la plupart déjà existantes sur le satellite et le câble. Le lancement commercial des chaînes gratuites a lieu fin mars 2005, celui des chaînes payantes est prévu en septembre 2005.
Parallèlement à l'introduction de la TNT, on assiste à une forte offensive de la télévision par l'ADSL, poussée par les opérateurs de télécommunications qui cherchent depuis longtemps à promouvoir les services haut débit sur les lignes d'abonnés téléphoniques. Dès 2004 la plupart des opérateurs de téléphonie fixe proposent des offres groupées de chaînes, soit en partenariat avec TPS et/ou Canalsatellite, soit en offrant des bouquets personnalisés. Ces nouvelles offres principalement disponibles en zones urbaines (comme les réseaux câblés traditionnels) ne sont pas encore accessibles partout, elles se développent au fur et à mesure des dégroupages réalisés au sein des centraux téléphoniques de France Telecom.
Enfin mi 2005 on relève plusieurs initiatives pour le développement de la Télévision Haute Définition (TVHD) qui pourrait devenir un excellent vecteur de promotion pour les nouveaux écrans plats apparus sur le marché grand public au début des années 2000.
A suivre...